Le Rapport Bergier02 LE RAPPORT BERGIER 

écrit et mis en scène par José Lillo
compagnie Attila Entertainment

Les 13, 14 et 15 octobre 2016 au Petithéâtre de Sion
jeudi à 19h, vendredi à 20h30, samedi à 19h

Le 19 décembre 1996, le Parlement suisse et le Conseil fédéral mandatent une Commission indépendante d’experts présidée par Jean-François Bergier, pour enquêter sur le comportement des Suisses face au régime national-socialiste allemand. Cinq ans plus tard, un rapport de onze mille pages est rendu : Le Rapport Bergier, contenant des révélations troublantes, susceptibles de ternir quelque peu l’image d’une « patrie irréprochable ». Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse aurait par exemple été la principale plaque tournante de l’or en provenance d’Allemagne et des pays occupés par la Wehrmacht. Cette opération aurait permis de rendre librement convertible l’or volé par les nazis. Du 1er septembre 1939 au 30 juin 1945, les banques suisses auraient acheté de l’or à l’Allemagne pour 1,7 milliards de francs !

Tout commence à partir d’une archive de 29 secondes diffusée un soir à la télévision où l’on voit Goebbels, ministre de la propagande du IIIème Reich,
le 29 septembre 1933, prononcer un discours à la Société des Nations de Genève.
Le reportage se termine sur des saluts nazis 
à l’aéroport de Cointrin, honorant le retour
de Goebbels dans l’Allemagne hitlérienne.
De là est née mon envie d’écrire une pièce
qui interrogerait le positionnement des Suisses pendant la Seconde Guerre mondiale. (José Lillo)

Distribution
José Lillo
Le rapport Bergier
Presse
Blog
  • avec : Maurice Aufair, Felipe Castro, Lola Riccaboni
    texte & mise en scène : José Lillo
    assistante mise en scène : Marie Beer
    lumières : Rinaldo del Boca
    son : Lad Agabekov & Christophe Calpini
    costumes : Maria Muscal

     

    production : Théâtre Le Poche – Genève

     

    avec le soutien de : Ville de Genève, République et Canton de Genève

  • José Lillo (photo : Augustin Rebetez)

    José Lillo (photo : Augustin Rebetez)

    José Lillo est d’abord comédien, avant de s’atteler à la mise en scène dès 2003. En tant que comédien, il travaille entre autres avec Dominique Ziegler (Calvin, Le Maître des minutes), Lorenzo Malaguerra (Roméo et Juliette) et Françoise Courvoisier (Jean la Vengeance). Il joue aussi dans Yvonne, Princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz, mise en scène par Geneviève Guhl à la Comédie et dans La Seconde Surprise de l’amour mis en scène par Valentin Rossier à l’Orangerie et repris récemment à la Grange de Dorigny.

     

    Comme metteur en scène, il adapte notamment pour la scène Troisième nuit de Walpurgis de Karl Kraus, qu’il interprète lui-même au Théâtre Saint-Gervais et qu’il reprend à L’ONU. Il met également en scène à l’Orangerie Le Petit maître corrigé de Marivaux, repris ensuite à Vidy et, dans le cadre d’une résidence au Théâtre St-Gervais, il y présente Elseneur- Machine. L’année dernière, il adapte et monte au Poche sa dernière création : Gorgias de Platon, qu’il interprète aux côtés de Jean-Charles Fontana, Ahmed Belbachir et David Gobet. L’automne dernier, il a monté au Théâtre du Loup Les Démons de Dostoïevski, un auteur qu’il avait déjà abordé avec Les Nuits blanches.

     

    Si la curiosité pour les textes emmène José Lillo sur des sentiers divers, la constante est peut-être son engagement humain et politique. Il fait partie des artistes qui pensent que le théâtre peut changer le monde.

     

    ENTRETIEN AVEC JOSÉ LILLO

    réalisé par Cécile Gavlak (janvier 2015)

     

    José Lillo, vos pièces de théâtre partent souvent de textes difficiles dont vous souhaitez faciliter l’accès. Cette fois, vous vous attaquez à un énorme dossier : Le Rapport Bergier. Comment l’avez-vous rendu accessible ?
    J’ai appréhendé ce texte comme un matériau pour le théâtre. J’espère que ce spectacle, qui ne sera pas une synthèse du Rapport Bergier, donnera envie au public d’aller plus loin… Le point de départ, c’est ce texte en souffrance. Les arts de la scène sont le lieu de l’universel. Nous, les artistes, nous devons rétablir du sens, non pas en l’assénant, en moralisant – comme ça, on provoque des guerres civiles –, mais en appréhendant les choses de manière rationnelle. La propagande, c’est quand le langage dissimule le rapport à la langue, quand celle-ci est manipulée. Alors, on n’y voit plus clair du tout. Personnellement, le fait de me documenter sur Le Rapport Bergier m’a déniaisé. Je pensais que l’Histoire était digérée, qu’il fallait regarder devant. Mais en fait, pas du tout. Il faut détromper les gens sur ces choses : l’Histoire n’est pas maitrisée.

     

    Concrètement, en quoi consistera ce spectacle, que vous êtes en train de créer ?
    Sur scène, il y aura trois figures : Felipe Castro et Lola Riccaboni joueront bien entendu les rôles des deux jeunes gens et Maurice Aufair celui d’un homme d’âge mûr. Nous travaillons à partir d’un montage de textes, et explorons les interactions qui peuvent naître sur scène. Je veille à produire une écriture qui ne soit pas assommante, faite de phrases simples. Le texte ne sera pas linéaire. Comme dans la vie, les choses ne se déroulent pas de manière linéaire. Durant les répétitions, nous empoignons une écriture compressée, on se focalise sur la réception des textes. Qu’est-ce qu’on retient de ce qu’on lit, avec Le Rapport Bergier ? Qu’est-ce que ça provoque comme remarques à soi-même avant tout ? Qu’est-ce que ça crée comme état ? Avec les comédiens, nous travaillons également à partir d’ateliers, sur le contact précis avec la réalité des faits. Nous avons aussi visionné une conférence de deux heures sur le sujet, qui contenait beaucoup d’informations. On était submergé. Je leur ai ensuite dit : Ce n’est pas du tout cela que nous devons faire sur scène ! Il faut que nous traduisions ces informations pour qu’elles passent dans l’espace public.

     

    Avez-vous lu les 11’000 pages du Rapport Bergier, paru en mars 2002 ?
    Non car ce texte n’existe qu’en allemand. Par contre, j’ai lu la synthèse de 530 pages que Jean-François Bergier a lui-même rédigée. J’ai aussi lu Le Rapport Bergier pour tous, de Pietro Boschetti, et beaucoup, beaucoup d’autres documents… Il y a une masse d’informations colossale sur ce sujet.

     

    Votre envie de vous pencher sur Le Rapport Bergier est née d’un documentaire de 29 secondes. Pouvez-vous le décrire en quelques mots ?
    Il s’agit d’une archive de la RTS qui date de 1933. A ce moment-là, Hitler est déjà au pouvoir. On y voit tout d’abord le ministre allemand de l’époque, Goebbels, faire un discours de paix à la Société des Nations. Ceci est insupportable car les camps de concentration existaient déjà cette époque. Puis, on le voit monter dans l’avion à l’aéroport de Genève. Et, sur le tarmac de Cointrin, une foule de personnes fait le salut hitlérien en direction de l’avion en train de monter dans le ciel. Sur ces images, on voit bien que le nazisme n’est pas seulement dans l’avion, mais bien sur le tarmac, sur le territoire de Genève ! C’est sidérant. Il y a un commentaire qui dit : à l’époque on ne savait pas encore, etc. Mais c’est faux ! On savait déjè ce qu’était le nazisme à ce moment-là. Cette vidéo fera partie du spectacle.

     

    Le Rapport Bergier évoque la question de l’asile, les fondements historiques de la politique suisse en la matière… Est-ce que votre spectacle parlera également de cette question d’actualité ?
    Oui, bien sûr. Le Rapport Bergier représente les soubassements de la politique actuelle en matière de migration. Et c’est important de l’étudier pour cette raison. Ça amène à prendre ses responsabilités. Récemment encore, le quotidien Le Matin a fait une manchette avec une citation de Marine Le Pen qui disait, à propos de la votation sur l’immigration de masse : Les Suisses ont raison. Ce sont ces mêmes personnes qui disent qu’il faut « regarder devant ». Je ne crois pas qu’il faut « regarder devant », ce n’est pas plus rassurant que de regarder derrière. Il faut regarder large. C’est important de partir en quête de l’Histoire. Tout ce qui n’est pas digéré, ce qui n’est pas réconcilié, il faut l’affronter. Sinon, ça revient régulièrement. Ça revient toujours. Il faut que les êtres humains décident de quel monde ils veulent. En ce moment, on entend un discours vertueux et en même temps les pires crapules.

  • Le Rapport BergierLe rapport Bergier, ce sont 25 volumes, un total de près de 11’000 pages pour 5 années de travail. Neuf experts suisses et étrangers, une quarantaine de chercheurs et un budget de 22 millions. Au final ces recherches historiques auront permis à la Suisse d’effectuer un travail de mémoire, d’examiner son attitude envers les victimes du nazisme pendant et après la Seconde Guerre mondiale et de réécrire son histoire.

    RTS archives

    Le portail RTS Archives a consacré un dossier sur le Rapport Bergier : www.rts.ch/archives/temps-forts/3831254-le-rapport-bergier.html. Nous vous recommandons également ce document de Temps présent de 1998 : À quoi sert la Rapport Bergier ? ainsi que le document de Histoire Vivante (2016) : La Suisse, coffre-fort d’Hitler.

     

    « L’historien n’est pas un juge, une Commission n’est pas un tribunal. Il ne sert à rien de condamner les uns, d’absoudre les autres. Ce qu’il faut, c’est savoir et comprendre. Un pays, un peuple, ne peut accomplir son destin et décider de son avenir que s’il est au clair avec son passé, quel que soit celui-ci, fait d’ombres et de lumières. Il doit en assumer toute la responsabilité, non juridique mais historique.

     

    Savoir, ce n’est pas facile. Cela demande patience et humilité devant les réalités que révèlent les sources et qui ne correspondent pas toutes avec la mémoire que nous en avons gardée. Comprendre est encore plus difficile. Il faut s’immerger dans l’air du temps raconté. Les décideurs de l’époque n’ont pas manqué de justifier chacune des mesures qu’ils prenaient, ou leur refus d’en prendre, leur hésitation. Mais leurs explications résistent rarement à l’examen. Il faut lire entre les lignes. Lire la peur, bien compréhensible face au chaos de la guerre et aux menaces graves qui pesaient aussi sur la Suisse ; mais la peur n’est pas de bon conseil. Lire la routine, qui est un moyen de maîtriser la peur. Lire une xénophobie mal dissimulée, surtout un antisémitisme diffus, mal avoué et donc d’autant plus pernicieux. Lire le pragmatisme, qui commande les attitudes au jour le jour. Il a conduit à d’innombrables compromis, et souvent même à des compromissions, que ce livre révèle. Jusqu’où pouvait-on aller trop loin ? Les décideurs politiques et économiques n’ont pas toujours su répondre à cette question ; ils ne l’ont peut-être même pas posée. De toutes façon, il convient de dépasser l’antithèse « collaboration ou résistance » : accepter certaines concessions au régime hitlérien revenait à s’assurer une marge de manœuvre, à préserver des libertés. Il faut lire encore une culture historique alors dominante, imprégnée de rapports étroits et de toutes sortes avec l’Allemagne traditionnelle, mais forgée aussi par des expériences du premier conflit mondial (1914-1918) et des crises qui suivirent : cette culture trompa – elle ne permit pas de voir à temps que les nazis avaient étouffé les traditions et rendu caduque l’expérience. Lire enfin durant toute la guerre, la hantise de ce qui en résulterait ; celle d’un après-guerre dont la perspective, bien entendu, changea au gré des batailles. Il convenait – ce fut d’ailleurs en grande partie réussi – de s’assurer pour cet après-guerre les meilleures chances possibles : politiques, économiques, sociales.

     

    Ces lectures, nous les avons faites. Elles demeurent imparfaites, bien sûr. L’Histoire se prête toujours à plusieurs lectures divergentes. Chaque sensibilité idéologique, mais aussi chaque génération apporte la sienne, qui répond le mieux à son besoin de comprendre. »

    Extrait de la préface du livre Les Suisses et les nazis: le rapport Bergier pour tous, Pietro Boschetti (2004)

  • Article du Nouvelliste du jeudi 13.10.2016

    Le Nouvelliste – 13.10.2016

    Petithéâtre de Sion (octobre 2016) :

    Le Nouvelliste (13.10.2016) – Sombres réminiscences d’un passé pas si passé
    Canal 9 (14.10.2016) – Une pièce de théâtre pour ne pas oublier

     

    Théâtre Le Poche (février 2015) :

    Le Courrier (24.01.2015) – Les maux de la Suisse
    Tribune de Genève (03.02.2015) – José Lillo met en «rapport» le passé suisse avec le présent
    Le Courrier (04.02.2015) – Les oubliés de l’Histoire (suisse)
    Le Temps (04.02.2015) – Les spectres suisses de la Seconde Guerre mondiale jettent un froid à Genève

     

    Portrait de José Lillo (octobre 2014) :

    360° (10.10.2014) – José Lillo, le théâtre comme remède

  • Des spectateurs·trices du Petithéâtre vous parlent du spectacle !
    Elles·ils sont venu·e·s, ont vu et ont blogués :


les 13, 14 et 15 octobre 2016
durée : 75 min.   âge conseillé : dès 14 ans
plein tarif : 30.- CHF, tarif réduit : 20.- CHF (20 ans 100 francs et pass bienvenue : gratuit)






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