Chronique de Magali Charlet à propos du spectacle 04 – Sing Sing Bar (saison 2019-2020).

Ce qui peut se passer dans un bistrot du coin de la rue, tout le monde en a une vague expérience, une idée. Conscient collectif. Les gens éméchés, les solitudes qui zonent, les tablées qui rient fort, le secteur qui se la joue philo, les clients logorrhéiques, les barmans patients, impassibles parfois, le conflit israélo-palestinien revisité, la psychologie de comptoir, l’ivresse des fins de semaine. Alors je me dis que j’arrive dans le Sing Sing bar en terrain connu, et je me réjouis de ce choix de décor pour l’intrigue.

Ça commence par une langue de vipère qui raconte des conflits avec sa connasse de voisine, une histoire de tondeuse et d’empiètement sur le territoire. La barman écoute. Je pense à Daroussin dans « un air de famille ». Le public rit. Visiblement, les tondeuses et les voisins chiants ça parle à tout le monde. Et la vipère se galvanise de sa supériorité, rapport à la voisine. Monde restreint. Qui croit-elle illusionner ?

Le bistrot est presque vide, des oreilles traînent, les discours s’entremêlent presque, dans trop de silence pour qu’on n’entende pas. Dans le public, ça s’amuse des images qui surgissent de la plume de Mali, c’est bien amené, on aime. Ça rit mais ça commence à jaunir un peu, et on sent bien qu’on a la tapisserie qui se décolle. Ça parle errances, musique, et personnages déjà un peu morts.

Dans ce huis clos, y a des chemins qu’on ne devrait pas suivre, une jeune femme qui se laisse mourir et des conseils avisés qu’il ne faudrait peut-être pas écouter, sur fond de bouillie pâle mixée au robot ménager.

Du texte en bleu pour le karaoké, la terre vue du ciel, ça fait du bien. Parce que suivant l’expérience qu’on en a, du karaoké, on espère très fort que personne ne va aller pousser la chansonnette. Ça parle de lune, d’horizon, du passé dans le présent, de condoléances aux caramels, de rage. Et le corps danse, et c’est la nuit. On s’est fait arracher la tapisserie, sans autre forme de procès. Dehors, un peu de décor végétal. A moins que ça soit dedans.  

Sing Sing Bar (crédit photo : Céline Ribordy)

par Magali Charlet

Magali a de nombreuses cordes à son arc ! Elle a notamment été active pendant plus d'une année au sein de l'équipe du Petithéâtre et elle est, depuis, restée une habituée du lieu et une blogueuse régulière.


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