Chronique de Magali Charlet à propos du spectacle 08 – … avec un U-Boot (saison 2018-2019).

C’est pas facile la vie dans un sous-marin.

Pourtant, on m’avait donné le code à l’entrée. Quand moi j’ai dit « oh, une capsule de Kisag » (= 1er degré) et qu’un mec qui se prenait pour un pirate avec des manchons m’a répondu « mais noooon, c’est une ogive ! » (= faire semblant).

Le spectacle commence. On est dans un sous-marin, Ludmila et Josh ont une mission. Jusque-là je comprends le truc. Sauf qu’après six minutes de spectacle, je me demande quand ça va décoller, quand ça va être un peu marrant, si ça va être comme ça tout le long. Et rien ne vient. Et je m’ennuie.
J’essaie de trouver le message de cet acte créatif. « Dénonçons la maltraitance et la condition des sous-mariniers ! » ? « La vie dans un sous-marin c’est pas facile, vous allez goûter à l’ennui et à la claustrophobie » ? Je me dis que si c’est ça c’est réussi : je m’ennuie ferme et j’ai qu’une envie c’est de remonter à la surface (wc + bar).

Mais je me dis aussi qu’il y a quelque chose qui cloche. Quelque chose qui m’échappe. Ce n’est pas possible que ces deux-là (c.à.d. des gens plutôt doués et inventifs à ce que j’ai vu jusque-là) nous servent un truc raté et vide à ce point.

Après la représentation, un esprit éclairé doublé d’un cœur sensible me donne sa lecture de l’affaire. Il dit « moi quand j’étais petit je jouais aux cowboys et aux indiens ! ».
Ah mais bien sûr, tout s’éclaire ! Et moi qui suis restée bloquée dans du premier degré avec des attentes à la con !

Donc en fait, Christian Cordonier et Isumi Grichting jouent au sous-marin, comme des enfants. Ils font « pour de faux » avec des objets qui ressemblent plus ou moins à des moniteurs et des commandes. Ils s’intraveinent à la guirlande de lumière. Ils nourrissent leur cerveau d’images et de souvenirs (nostalgie, kitsch, Family…). Ils s’y croient à fond. C’est pas moins ennuyeux à regarder, mais au moins ça prend du sens.

Sauf que, des enfants qui joueraient au sous-marin, ils idéaliseraient complètement le truc, ils seraient tout fous, ils ne tomberaient pas en dépression ?!
C’est là qu’alors, on virerait dans le côté punk du spectacle : on ne vous sert pas de la réplique drôle, on ne fait pas les guignols, on ne va même pas « bien jouer » (on est des mioches, quoi). On n’est pas là pour vous plaire…

Il doit y avoir encore d’autres niveaux dans l’histoire mais là ça m’échappe. Pour l’instant je suis contrariée de m’être fait mind-fucker.

Je me dis que ça y est, je n’arrive plus à suivre, ça devient trop exigeant pour moi. (J’essaie de me réconforter en me disant qu’ils étaient sûrement trop dans de la « private joke » inaccessible au commun des mortels, tant pis pour nous.)

Et je rumine un arrière-goût de question : « Est-ce qu’ils ont vraiment été (consciemment) brillants à ce point-là ? »

… avec un U-Boot (photo : Céline Ribordy)

par Magali Charlet

Magali a de nombreuses cordes à son arc ! Elle a notamment été active pendant plus d'une année au sein de l'équipe du Petithéâtre et elle est, depuis, restée une habituée du lieu et une blogueuse régulière.


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