Chronique de Amélie Gyger à propos du spectacle État des lieux de la compagnie Jusqu’à m’y fondre, vu dans le cadre du Oh! Festival 2019 à Sion, le 19.01.2019.

« Les vieux ralentissent la conquête spatiale ! »

Sourires amusés, décontenancés, devant ces slogans sans queue ni tête. Le public s’est agglutiné comme il peut dans l’ombre de la cour intérieur, où la petite vieille mange ses croquettes pour chat en accusant du doigt les spectateurs enfoncés dans leur manteau.

La forme est curieuse. Théâtre en plein air ? On le savait. Parcours déambulatoire entre différents habitants du quartier ? Aussi. Le public était averti et pourtant terriblement largué. On lui dit de marcher, mais il se fait balader.

« Les hommes sont tenus en laisse par les chiens ! »

La musique les arrache à chacun des tableaux, les conduit à travers les ruelles étroites : le chien-guide n’en est pas seulement un, c’est un personnage à part entière qui marque dès les premiers instants l’entrée dans la pièce ambulante. Les portraits se succèdent, les visages se froncent, les regards s’ouvrent, les pas oscillent entre le plus profond des sceptiques et la plus lunaire des fleuristes. Les décors sont élaborés avec soin, s’adaptent aux lieux : l’un est confiné dans un minuscule appartement, les fils lourds de linge, le sol humide, l’autre s’ouvre dans une petite cour intérieure, abritant un bolide à la carrosserie impeccable. Des bocaux de verre sur quelques vieux cageots ; une maison sans mur, sans meuble, dont il ne reste que la forme presque dessinée sur un plancher de vieux journaux. Les paysages défilent, les histoires se font et se défont, certaines se rencontrent, les voix polyphoniques jouent la présence de l’invisible, d’un chien nerveux, d’un chat affamé… L’apparence est immensément commune, presque naturelle, qui pourtant révèle le travail minutieux derrière ces objets faussement éparpillés au hasard. Des personnages hauts en couleurs, aux histoires plutôt étranges, parfois touchantes, qui prennent plaisir à malmener les spectateurs, les impliquer, les bousculer. Fouiller dans la terre fraîche, boire un thé imaginaire, prendre place sur un siège en cuir dont il faut vite se relever : c’est l’accident, la touche sensible de chaque nouvel invité qui modifie en douceur ces lignes apprises par cœur, où viennent se mêler quelques improvisations.

Les sourires persistent, c’est une expérience tout en légèreté, à la forme curieuse et inhabituelle, mais ô combien efficace dans sa poésie. Les personnages se croisent, s’aiment parfois, se détestent plus souvent, et alors, tandis qu’une vieille un poil sénile nourrit les chats du quartier, le voisin se frotte les mains : « La graisse de chat, c’est bon pour les pneus ! »

Spectacle “État des lieux” (janvier 2019)


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