Chronique de Pierre-André Milhit à propos du spectacle 06 – BourBon (saison 2018-2019).

plic plic plic plic ploc plic plic plic ploc
c’est des gouttes d’eau qui tombent
et on me dit que c’est la pluie
plic plic plic plic ploc plic plic plic ploc
c’est du whisky bourbon qui goutte dans un verre
et on me dit que c’est la pluie

et on voudrait que je dorme !
plic je compte jusqu’à un
plic je compte jusqu’à deux
plic je compte jusqu’à trois
plic je compte jusqu’à quatre
ploc je sais plus où j’en suis je recommence
et on voudrait que je dorme !

c’est la nuit que tout est possible
si je décide que la famille marche au plafond
elle marche au plafond
si je décide que les amis sont des fenêtres
je les ouvre quand je veux
si je décide que le corbeau est le guide suprême
je l’envoie éclairer la chambre

c’est l’heure qui manque dans le décompte final plic
c’est l’heure qui sourit quand c’est le temps des larmes plic
c’est l’heure qui s’incruste et colle au pyjama plic
c’est l’heure recommencée et qui dure des plombes plic
c’est l’heure qui s’efface fusillée par le réveille-matin ploc

c’est la minute en trop des cinq dernières minutes plic
c’est la minute bleue de l’ambulance plic
c’est la minute qui pleure au milieu du fou rire plic
c’est la minute d’après le verre vide plic
c’est la minute ploc plouf et glouglou

et on voudrait que je dorme !

la famille est tombée du plafond l’araignée se marre
les amis sont enfermés dehors il n’y a plus de réverbère
le corbeau a ôté sa chasuble c’est un poulet de batterie

une insomnie plus une insomnie je ne dors pas
une insomnie moins une insomnie je ne dors pas
une insomnie multipliée je ne dors pas
une insomnie divisée je ne dors pas
une insomnie sur une insomnie je suis caméléon
une insomnie sous une insomnie je suis poulpe

et on voudrait que je dorme !
si vous saviez les peuples et les territoires
si vous saviez les troupeaux et les nuages de pluie
si vous saviez les vrais distillateurs et les vrais électriciens
qui vivent dans mon matelas
il n’y a pas de fantômes il n’y a pas de monstres
à cette heure-ci ils dorment dans leur lit
c’est ma propre vie qui me fait peur et me laisse éveillé

et toujours cette clepsydre qui goutte
plic plic plic plic ploc plic plic plic ploc

et on voudrait que je dorme !
plic je compte jusqu’à un
plic je compte jusqu’à deux
plic je compte jusqu’à trois
plic je compte jusqu’à quatre
ploc je sais plus où j’en suis
je recommence à compter mes billes

et on voudrait que je dorme !

BourBon (crédit photo : Alban Kakulya)

par Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit est né en 1954 à Saxon et vit aujourd'hui à Montorge sur Sion. Il a pratiqué treize métiers parmi lesquels chauffeur-livreur, employé de pompes funèbres, garçon de café. Il est désormais travailleur social et rédige régulièrement des chroniques pour ce blog.


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