Chronique de Pierre-André Milhit à propos du spectacle La pensée (saison 2018-2019).

je regarde l’homme faisant les cent pas sur un caillebotis
comme un lapin dans son clapier
comme un caméléon dans son vivarium
comme un loup dans sa cage au zoo

je regarde l’homme nous regardons cet homme

la question est
est-ce que le lapin est atteint de névrose ?
est-ce que le caméléon est conscient de changer de couleur ?
est-ce que le loup est psychopathe ?

le mensonge se hisse aux valeurs éthiques de la vérité vraie
l’autre vérité part en vrille dans le creuset des omissions des fourberies

alors tu penses !

dans la cohorte des experts
il y a une psychologue qui glousse
il y a un vieil infirmier qui renifle
il y a un neurologue qui soupire
il y a un poète du quartier bras croisés sourire béat qui suce une pastille à la menthe
(on ne dira jamais assez les vertus du bonbon à la menthe à 21 h 17)

à quoi tu penses ?

il y a surtout et c’est un argument de poids
un presse-papier qui fait éclater le miroir
alors le lapin se demande si c’est sa névrose qui rend le loup psychopathe
le caméléon schizophrène mélange ses pigments de sa peau
le loup sait pertinemment qu’il n’est pas psychopathe mais il doute que le lapin le sache

le train de la folie est un train de wagons de marchandises et de wagons à bestiaux
qui s’arrête à toutes les stations
le train de la sérénité est un train de wagons première classe qui ne s’arrête jamais
le train de la justice est un train avec un seul wagon postal sous scellés
le train de la vie est un train fantôme peuplé de vouivres et de dragons

penses-tu ? tu penses !

la parole dite sera la preuve tangible
la parole dite sera l’interprétation de la pensée
la parole dite sera la passerelle et la frontière
la parole entendue sera le fardeau de la preuve
la parole entendue sera l’interprète d’une autre pensée
la parole entendue sera la sentence et la porte

derrière le miroir brisé une petite fille saute à cloche-pied sur un presse-papier
derrière les débris de miroirs un chien tremble de peur
devant le sautillement de la petite fille

tu le penses vraiment ? est-ce toi qui penses ?

le loup a tué le caméléon pour le pouvoir de sa peau
le lapin soigne sa peur dans la marmite du chasseur
la gardienne des lapins se tricote un chaperon rouge
et la grand-mère lit Freud sur les genoux du docteur Guillotin

alors tu penses ! penses-tu ! penses-tu ?

la cohorte des experts
comme un troupeau de gnous
s’est ruée dans le fleuve

mais tu penses
tu penses ? tu penses vraiment ?
tu le penses vraiment ?
es-tu fou à ce point ?

La pensée, avec Olivier Werner

par Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit est né en 1954 à Saxon et vit aujourd'hui à Montorge sur Sion. Il a pratiqué treize métiers parmi lesquels chauffeur-livreur, employé de pompes funèbres, garçon de café. Il est désormais travailleur social et rédige régulièrement des chroniques pour ce blog.


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