Pas Lalaland !

Date : 18 avril 2018
Chronique à propos du spectacle 10 – Iris et moi (saison 2017-2018).

Je me targue d’être quelqu’un de très lucide, réaliste. En matière d’amour, ça frise le snobisme. J’ai ma petite théorie. Nous sommes tous des bus les uns pour les autres (= de toute façon, à un moment donné, on descend parce que la radio grésille, parce qu’on a besoin de pisser, parce qu’il y a une vieille qui sent la vieille, ou une poule sur nos genoux, parce qu’il y a des racailles qui font flipper au fond, parce qu’on n’aime pas la direction que ça prend, parce qu’à la toundra, on préfère la mer). On s’amène mutuellement (l’être aimé et soi) d’un point A à un point B. Développement personnel accéléré dont les relations amoureuses ont le secret. Et il y a des trajets plus longs ou plus plaisants que d’autres.

Lalaland, la comédie musicale, je suis allée voir (ça avait plus de 7 sur imdb). J’ai quitté la salle après 40 minutes. C’était trop pour moi, trop mièvre, du genre qui me faisait gerber. Et les chansons étaient nazes. Rien à fredonner après coup. C’était pas du qui fait vibrer la corde de la passion rêvée à la Grease. Pas du « I’ve got youuuuuuuuu, dont plot the flower » qui emballe le dancefloor. (Clairement, c’est pas le bon texte, normalement j’ouvre le feuillet qui accompagne le CD et je mémorise les paroles, pour pas chanter n’importe quoi. Avec Grease y a jamais eu besoin. Y a un truc qui prend et c’est tout.)

Soit.

Ben Iris et moi, gottverdammt, visiblement c’est du Lalaland. Ça s’annonce mal (j’ai pas envie d’avoir envie de vomir) et assez vite je me dis : « vraiment ? Ils vont étaler leur amour sur le pain toast de nos coeurs meurtris, comme ça ? » J’ai pensé : « il manque un peu d’Iris Von Rothen dans tout ça, on nous a parlé de cause féministe et on nous étale essentiellement du big happy love ». C’est pas un peu léger ? Un peu prétextuel ? Prétextifié ? Comment on peut dire ? J’ai de nouveau mal lu l’annonce ?

Or finalement, est-ce qu’une très belle façon de rendre hommage à cette dame, ce n’est pas simplement, comme c’est le choix que je comprends de Pauline Epiney, de juste se faire méga plaisir, de s’amuser, de chanter, de montrer l’amour qu’elle vit tel qu’il est, dans tout son kitsch et sa splendeur, dans tout ce qu’il porte, aujourd’hui ? De se montrer telle qu’elle est : femme, idéaliste, féministe, amoureuse et aimée d’un homme qu’elle chérit et dont elle a besoin, un mec qui veut bien passer une burqa et danser en petite tenue bananière, mais aussi lui dire quand c’est too much, tout ça n’étant pas antinomique ?

« C’est mon spectacle, j’y mets ce que je veux. » De vous à moi, qui peut dire non à cela ? Face à l’authentique, mon cynisme abdique.

Iris Von Rothen a vraisemblablement vécu selon un principe parmi d’autre : être, dans sa vie et jusque dans sa mort, l’expression la plus valable d’elle-même. Je n’en sais pas beaucoup plus sur elle après le spectacle, et je ne lis pas l’allemand. Mais je me souviens que l’amour, si c’est un bus pour un bout de chemin, c’est aussi la force d’une vie. Et la vie de la force. Si le réalisme m’empêche la passion qui donne des ailes, où se trouve ma dignité de fleur bleue ?

Iris et moi (photo : Félicie Milhit)

par Magali Charlet

Magali a de nombreuses cordes à son arc ! Elle a notamment été active pendant plus d'une année au sein de l'équipe du Petithéâtre et elle est, depuis, restée une habituée du lieu et une blogueuse régulière.


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