— Dites, est-ce que vous saviez la femme de M. avait un amant ?
— Oui, non. Tout le monde le sait. Tout le monde le fait. Vous avez une maîtresse ?
— Non, oui. Je ne suis pas marié, cela ne compte pas. Je pourrais être parfois l’amant. Vous êtes marié ?
— Oui, non. Je devrais aussi avoir une maîtresse, je suis si jaloux.
— Pensez-vous qu’une femme puisse être la maîtresse de plusieurs hommes ? Je veux dire vivre maritalement et avoir plusieurs amants, simultanément ?
— Oui, non. Je ne sais pas, je ne sache pas que le sentiment puisse se démultiplier, et je doute que la frivolité puisse s’en distancier. Mon expérience n’est pas significative. Je suis marié et jaloux. Cela est bien du tourment. Quand vous êtes l’amant, éprouvez-vous du sentiment ?
— Non, oui. N’étant pas marié, je ne suis pas comptable d’un sentiment exclusif. Quand vous allez voir votre maîtresse, tout le monde le sait, tout le monde le fait, enfermez-vous toute idée de sentiment dans un coffret confidentiel ? Pouvez-vous me confirmer que les secrets d’alcôve ne ressemblent en aucune manière aux confidences de l’oreiller ?
— Oui, non. Il faudrait le demander à la femme. Cette vie double est bien son domaine. Nous, les hommes, nous nous posons trop de questions. Nous vivons dans le scrupule et dans le doute. C’est ainsi que se nourrit ma jalousie. Ne l’endurez-vous pas aussi, quand votre maîtresse vous trompe avec son mari ?
— Non, oui. J’aurais voulu le vérifier auprès de votre femme, mais elle n’a pas daigné répondre. Elle se plaint de votre jalousie. Est-ce vrai que vous lui avez offert un chien pour mieux contrôler ses allées et venues ?
— Oui, non. Elle se plaint de solitude lorsque je suis éloigné pour affaires. Le chien lui tient compagnie. A l’occasion, il peut chasser les chats qui rôdent. Parfois j’entends des bruits de chat, sous le lit. Entendez-vous aussi ces bruits de chat ?
— Non, oui. Les chats et moi, avons le même usage du monde, l’indépendance, la discrétion et la présence. J’ai dû parfois me battre avec des chiens qui entravaient mes desseins. Seriez-vous capable de tuer un chien qui vous barre le passage ?
— Oui, non. Mais je pourrais tuer un chat qui viendrait importuner ma femme. Écoutez ! il n’y a plus de bruit, à l’étage. Serait-ce déjà fini ?
— Non, oui. Il n’y a plus de miaulement, plus de ronronnement, plus de feulement. Je pense que c’est déjà fini. La place est libre ?
— Oui, non. La place est libre. Les amours cachées, tout le monde le sait, tout le monde le fait, sont vives et furtives. Faites vite, je garde le passage.

La cuisinière d’Ivan Andreïevitch
photo : Michaël Abbet

par Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit est né en 1954 à Saxon et vit aujourd'hui à Montorge sur Sion. Il a pratiqué treize métiers parmi lesquels chauffeur-livreur, employé de pompes funèbres, garçon de café. Il est désormais travailleur social et rédige régulièrement des chroniques pour ce blog.


Commentaire (1)

Maris Stella

A tout point de vue j’ai aimé la qualité de l’interprétation, le rythme était tout simplement excellent. Les acteurs tellement bon leurs yeux transpiraient d’inquiétude de sécurité,de doute . L’éclairage et ce petit théâtre parfait. Une soirée comme je les aimes. Ce fut parfait. Mes hommages à Coline Ladetto que j’espère rencontrer un jour !

3 mois ago

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