Chronique à propos du spectacle 04 – Donkeyport (saison 2017-2018).

Donkeyport (photo : Sabine Zaalene)

Alors oui, effectivement, au début c’est un peu rude. Sur le flyer, j’avais lu Apulée et Peau d’âne, je les attendais. Mais très vite le conte comme tousse, croche et vacille. On répète des répliques, elles acquièrent une sorte autonomie, le jeu se déroule… Et encore emmitouflé, alors que sur les planches une mue a commencé, je cherche quelque chose de familier.

C’est la musique, peut-être, qui permet d’entrer dans la pièce. Alors qu’on disperse mes repères, les compositions de Christian Pralong harponnent, elles viennent accrocher avant les mots et me ramènent à la scène. C’est assez curieux cette capacité de la musique à creuser en nous, à trouver quelque dénominateur commun propre à l’espèce humaine, à un niveau presque biologique. Et encore… la basse qui accompagne la vidéo semble tisser aux mèches de cheveux les crins des ânes. Il me semble c’est bien de ça qu’il s’agit dans Donkeyport : confronter, rapprocher de l’autre en deçà des constructions et structures sociales.

Une fois qu’on a choisi de sentir la pièce, de renoncer au détour neutralisant de l’intellectualisation, on voit les différentes vignettes comme dans un rêve, crues : elles percent maintenant, bénéficient d’une acuité nouvelle.

Et ce qui est assez fou, de la part de Sabine Zaalene, c’est d’être parvenue à décliner ce thème de l’altérité dans une suite d’épisodes hétéroclites, de Peau d’âne aux hôtesses de l’air en passant par la sorcière d’Apulée, sans que le geste perde en cohérence ou en vigueur. C’est à la fois plastique – des vestes ou des k-ways, de l’aérobic – et organique – des textures, des pieds nus, convulsés, contre un mur, et les comédiens qui dansent, se bercent parmi… Donkeyport est un mythe.

Et ce mythe reste instinctivement accessible : la poésie des vignettes est justement dosée. La peau semble se donner ici comme le lieu d’un transport, d’un échange. C’est l’axe entre un intérieur et un extérieur, qui nous délimite autant qu’il nous prolonge. La pièce porte ainsi élégamment un message politique sans pour autant recourir à une rhétorique gueularde. Ça fait du bien, quand même, qu’on fasse un peu confiance au spectateur, qu’on lui laisse faire un bout du chemin.

C’était pas plus mal, au final, d’avoir été un peu bousculé au début. Ça nettoie, si l’on veut, de ce qu’on croit savoir du théâtre, du monde et ça donne envie d’y retourner.

par Basile Seppey

Basile est une blogueur du Petithéâtre.


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