Chronique à propos du spectacle : 03 – D’autres (saison 2017-2018).

Tiphanie Bovay-Klameth (© Julien Mudry)

on aurait peut-être pas dû vous pensez pas

à l’enterrement du choucas
on a bombé le torse
la fierté d’avoir gagné
vous avez vu le piège à glu a bien marché
on aurait peut-être pas dû vous pensez pas
à l’enterrement du choucas
il nous avait rien fait c’t oiseau
qu’est-ce qu’ils vont penser de nous les autres
à l’enterrement du choucas
on a bu entre nous à la cave
on a laissé le saule pleureur faire son travail

à la naissance de la petite Tiphanie
on a fait une collecte à l’épicerie
pour la layette, les couches et le mobile pour le berceau
le mobile avec des oiseaux en plumes
des mésanges, des bergeronnettes et un oiseau noir au milieu
un merle je te dis que c’est un merle
et depuis quand il a le bec noir ton merle
à la naissance de la petite Tiphanie
on aurait peut-être pas dû pensez donc
elle nous avait encore rien fait c’te petite
qu’est-ce qu’elle va penser de nous quand elle sera grande
à la naissance de la petite Tiphanie
on a bu entre nous à la cuisine
on a laissé l’églantier faire son travail

à la mort du jardin des poireaux
on a réuni le conseil, on a décrété la disette
pour le rationnement, le plan Wahlen et les Cartons du Cœur
on a subventionné la plantation de l’artichaut violet
c’est si bon avec la vinaigrette à l’huile de colza
à la mort du jardin des poireaux
on aurait peut-être pas dû vous croyez pas
c’était pas le tour du topinambour je vous demande
elle est bien violette et pas de chez nous c’te plante
qu’est-ce qu’ils vont penser à la Berne fédérale
à la mort du jardin des poireaux
on a bu entre nous à la coopérative
on a laissé le bouleau faire son travail

à l’enterrement du curé
on a été bien embêté
pour la messe, l’absoute et la procession
on a demandé au pasteur du village d’à côté
ç’a été une drôle de cérémonie
on n’a pas tout compris mais au moins c’était fait
à l’enterrement du curé
on aurait peut-être pas dû vous trouvez pas
pas de clochette, pas d’encens, pas d’hostie
qu’est-ce qu’il va penser l’évêché
à l’enterrement du curé
on a bu entre nous au local du club de lutte à la culotte
on a laissé la forêt entière faire son travail
on saura pas pour l’avalanche

par Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit est né en 1954 à Saxon et vit aujourd'hui à Montorge sur Sion. Il a pratiqué treize métiers parmi lesquels chauffeur-livreur, employé de pompes funèbres, garçon de café. Il est désormais travailleur social et rédige régulièrement des chroniques pour ce blog.


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