Chronique à propos du spectacle : 00 – Die Strasse (saison 2017-2018).

Die Strasse (photo : Aline Fournier)

on ne m’avait pas informé que la rue était dansante
dansante je veux dire une rue accaparée par des danseurs
non deux danseuses
dansante je veux dire une rue prise, occupée par deux danseuses
et puis la rue je veux dire une succession de petites rues dans la ville ancienne
et puis la rue je veux dire une grande place vide et morte

on ne m’avait pas informé que la rue était un théâtre
un théâtre je veux dire une scène de la vie des couples
non d’un couple
un théâtre je veux dire la dramaturgie des scènes conjugales
alors je veux dire la passion et le gouffre, la haine et la violence, le chagrin et l’orage
alors je veux dire que la tragédie ne peut que se danser, les mots sont vides et morts

j’aurais pu imaginer que la rue soit un espace dansé
dansé mais je veux dire les pavés inégaux, les trous, les bosses
oui les bosses à cause des coups et des chutes
dansé mais je veux dire les chiens, les passants effarés, l’ivrogne qui tangue et qui danse aussi
et encore je veux dire le piano, le tambour, les violons dans une caisse
et encore je veux dire la cohorte aux oreilles bleues qui suit une valise

je n’aurais pu imaginer que la danse soit la rue
la rue je veux dire l’évidence du mouvement, du chemin, des lignes tracées
non de la seule trace possible
la rue je veux dire l’espace rêvé pour aimer, hurler et mourir
ô je veux dire l’interminable traversée de la place dans un silence inquiet
ô je veux dire la course fébrile et tragique de la petite bille entre les pavés

par Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit est né en 1954 à Saxon et vit aujourd'hui à Montorge sur Sion. Il a pratiqué treize métiers parmi lesquels chauffeur-livreur, employé de pompes funèbres, garçon de café. Il est désormais travailleur social et rédige régulièrement des chroniques pour ce blog.


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