Chronique à propos du spectacle : 10 – Le Grand Inquisiteur (saison 2016-2017).

la lumière s’éteint dans la salle
la caisse est rangée les portes sont fermées
les projecteurs s’allument sur la comédie
le théâtre peut tout dire
évocation exutoire invocation
cela ne prête pas à conséquence
seuls les initiés croiront à l’illusion

parfois le théâtre sort de ses murs
il déclame dans la rue
il improvise au bistrot
il surjoue au tribunal
il va rarement au parlement c’est déjà un théâtre
aujourd’hui il est entré dans une église

le texte puise sa force des entrailles d’un gardien de la foi
il gonfle dans le chœur et la nef et s’en va cogner aux grandes orgues
le prédicateur est connecté à un conclave d’autorité
il récite un réquisitoire de terreur
il n’y a plus de béatitude ni d’indulgence
il n’y a que l’apocalypse et le bûcher

le malheur du fidèle c’est la liberté
c’est un fardeau trop lourd c’est la perte du sens
la soumission à l’autorité permet de vivre sans inquiétude
le mystère garde l’attrait du mystère
la soumission à l’autorité accède au prie-dieu
le miracle reste le garant de la foi

la scène est une croix magistrale couverte de la tulle de la montée vers Pâques
la scène est un autel monstrueux en pierre de taille
il permet de se cacher un peu, de prendre de l’élan, d’éprouver les réactions
la scène est le lutrin des lectures qui donne la consistance d’un président de tribunal
la scène ce sont ces quatre marches terribles
qui permettent de descendre invectiver la plèbe
qui apportent les braises au grand incendie de l’inquisition
qui amènent à la défiance du christ

le christ, parole faite chair a promis qu’il reviendrait
les docteurs de son église le rejettent
la chair n’a plus le droit à la parole
la chair est brisée, elle est bannie

le grand inquisiteur a vaincu
le christ a quitté l’église
les millions de fidèles ont la conviction de la vérité
ils n’ont pas conscience d’être le coq de Saint Pierre

le théâtre a fait sa rédemption
il a rencontré le mystère
il a accompli le miracle
il a fait ses Pâques
il peut revenir à ses tréteaux
parler de l’homme à ses semblables
et rejouer la comédie humaine
pour les siècles des siècles

Le Grand Inquisiteur (crédit photo : Juan-Carlos Hernandez)

par Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit est né en 1954 à Saxon et vit aujourd'hui à Montorge sur Sion. Il a pratiqué treize métiers parmi lesquels chauffeur-livreur, employé de pompes funèbres, garçon de café. Il est désormais travailleur social et rédige régulièrement des chroniques pour ce blog.


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