Chronique à propos du spectacle : 03 – Show room, nouveau drame (saison 2016-2017).

Se sentir submerger par l’absurdité de l’existence de l’autre ? C’est possible avec Show room, mis en scène et interprété par la compagnie Jusqu’à m’y fondre au Petithéâtre à Sion, jusqu’au 27 novembre 2016. Entrez dans l’univers où le caoutchouc empoté et le canapé ont une vie plus trépidante que leurs propriétaires.

Faire une paella de Valencia n’a pas l’air bien sorcier. Un joyeux mélange aux saveurs de la mer. Or ce plat requiert un timing précis. Parce qu’arrive un moment fatidique, où le riz adhère à la poêle. À éviter absolument, sinon, bonjour le goût de graillon.

Bien heureusement, chez ELLE et LUI, niveau timing, on est rodé. Tous les soirs, c’est la même rengaine. Cette abominable routine est un moyen d’oublier qu’arroser la plante verte et regarder la télé sont les seules activités de la journée.

Et là, c’est le drame…

Comment ? 19h et ils ne sont toujours pas à table ? Mais… attendez… mais oui, la paella de Valencia adhère, colle, et personne ne semble rien y faire. IL a osé couper ELLE dans sa litanie, rompant alors le cours des choses. Leur monde s’ébranle, ils perdent tout repère et rien à l’extérieur pour s’y raccrocher. Cette impression d’isolement est soulignée par la scénographie, conçue par Yangalie Kohlbrenner, qui dessine un espace scénique rond, rappelé par un cerceau de la même taille, accroché au plafond. Jupiter et ses anneaux. Et sur cette planète, le seul voyage que se permettent (ou s’imposent) les protagonistes, est celui qui mène du salon à la salle à manger. Trois pas qui, à leur échelle, équivalent à des années lumières.

Mieux vaut rire que pleurer

ELLE aspire tout l’oxygène du bocal. La comédienne (Mali Van Valenberg) parle jusqu’à bout de souffle, prenant un peu du nôtre au passage. On se perd dans ses yeux exorbités et on se tend à la vue de sa fébrilité. On en rit, et l’absurdité de sa situation n’en devient que plus abominable. Le contraste entre la femme, qui ne tient pas à place, et l’homme (Olivier Werner), immobile, dans son costume de toréador, puis détaché, lorsqu’il commet l’irréparable et l’interrompt, confèrent un côté absurde et drôle au début de la pièce. Cette mise à distance, si elle semble purement ludique, a le pouvoir de souligner le vide de leur existence. Étonnamment, le tragique de leur situation se fait moins intense lorsque les corps et les visages se tordent d’exaspération et de colère. Car le véritable tour de force de la compagnie Jusqu’à y fondre, dans cette épopée quotidienne, est de ne laisser que très rarement le temps aux réactions et comportements dits « normaux » de s’installer.

Mis en scène pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité théâtrale, Show room, écrit par Suzanne Joubert, est un texte dense et incisif excellemment bien interprété par Mali Van Valenberg et Olivier Werner. On n’en perd pas une miette.

Show Room, nouveau drame (crédit photo : Michaël Abbet)

Show Room, nouveau drame
(crédit photo : Michaël Abbet)

par Sabrina Roh

Sabrina Roh est une blogueuse du Petithéâtre de Sion.


Commentaire (1)

De votre chronique aussi, on n’en perd pas une miette ! Merci beaucoup Sabrina.

1 année ago

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