Chronique à propos du spectacle : 03 – Show room, nouveau drame (saison 2016-2017).
Show Room, nouveau drame (crédit photo : Félicie Milhit)

Show Room, nouveau drame
(crédit photo : Félicie Milhit)

Il y a 1603 kilomètres entre B., petit bourg du Pas-de-Calais et Valence en Espagne. Il y a 17, 7 kilomètres entre Muraz-sur-Sierre et le Petithéâtre. Et il y a trois pas entre le salon et la table à manger. Trois pas sacrés qui sont plus vastes que le monde. Entre deux, il y a la fosse, l’abîme, la gazinière où réchauffe la paella.
Quand la vie a soif, elle boit. Quand la vie a faim, elle essaie de manger. Quand la vie doute, elle frappe aux portes et ouvre les fenêtres. Tout est mesuré, confiné. Le repaire est un amas de repères consignés.

Le chômage a consumé tout le petit bois de la vie. La désillusion a dispersé les cendres. Entre les deux, le spectre de l’amour tient la barre.
Quand la vie est inutile, elle fabrique des accidents. Quand la vie s’emmerde, elle se raconte des histoires. L’habitude se tricote, le changement vient filer une maille. L’accroc restitue de la beauté. La fragilité est un nœud solide.

La communication est une conquête de territoire. L’absence de communication est un champ de bataille. Entre les deux, le soliloque apaise et terrasse le silence inquisiteur.
Quand la phrase devient passerelle, le vacarme du torrent efface tout. L’onomatopée est une arme, le borborygme est un sanglot. Le silence permet de prévoir la trajectoire de la flèche et de s’agenouiller.

Une femme se disperse et se multiplie dans l’exiguïté de son espace. Un homme se dissout dans l’exubérance d’une gloire tauromachique. Entre les deux, leur couple s’abandonne au mouvement des marées.
Quand le mât de Cocagne est inaccessible, la paella à deux pesetas fait l’affaire. Quand s’écroule le château en Espagne, le rêve est une carte qui tient debout. Parfois la marée permet aux naufragés de retrouver la terre ferme.

Il y a un monde intense dans leur petit monde. Il y a des comètes et des voies lactées au-dessus de leur canapé. Entre les deux, il y a le monde qui est le nôtre et qui leur ressemble terriblement.
Quand le théâtre nous touche, c’est qu’il parle de nous. Quand le théâtre nous bouscule, c’est qu’il parle de nous. Il nous autorise à ne pas sombrer. Il ouvre vers la vie.

par Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit est né en 1954 à Saxon et vit aujourd'hui à Montorge sur Sion. Il a pratiqué treize métiers parmi lesquels chauffeur-livreur, employé de pompes funèbres, garçon de café. Il est désormais travailleur social et rédige régulièrement des chroniques pour ce blog.


Commentaire (1)

Merci Pierre-André pour ces échos…

3 ans ago

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