Chronique à propos du spectacle 01 – Entropia.

j’empile des fruits ronds, tomates-cerises, prunes, pommes d’api et raisins, dans une boite carrée – la pile est mouvante – les interstices vides me regardent dédaigneusement
je cherche les mots justes dans un dictionnaire aux pages manquantes – je sépare les mots qui restent et les classe selon leur nombre de lettres – ayant perdu le lien, les mots ont un sens nouveau
je peux communiquer avec n’importe qui avec 11 onomatopées associées aux 7 émotions de base – à certaines intersections de phénomènes mammifères, je ne trouve personne à qui parler
je pense, le penses-tu aussi ?, que les émotions trouvent leur terreau dans la curiosité, la maladie, la sexualité et l’ennui – volontairement je ne cherche pas plus loin, je n’ai plus de tiroirs à ma chemise
je suis sur le ring des lieux communs et des truismes – j’esquive mal les mauvais coups, je suis chaos debout, chantant un cantique sans pardon ni partage
j’interromps la centrifugeuse des pensées – une seule monte dans la lumière : je suis vivant – je ne sais pas quoi faire
je compulse le recueil systématique des lois universelles – article un, va ranger ta chambre, article deux, va ranger ta chambre, article trois, va ranger ta tête, articles quatre et suivants abrogés
j’empile des châteaux de sable sur mes châteaux de cartes – le bonheur est un objet encombrant refusé par la déchetterie modèle – je le mets dans ma cave avec le Petit Livre Rouge de Mao et les conseils de Cioran
je communique mal avec ma propre entreprise, je m’unique, je – exprime-toi clairement, lâche la bonde, pète un coup, respire, prends le large, le long est déjà occupé par la chronologie de tes faits et gestes – je communique
je mets une seule pensée dans le barillet de ma roulette russe – je suis vivant, c’est la planète qui me l’a dit
j’empile des étoiles dans ma boite à lait en poudre
j’empile des soleils dans ma boite à idées
j’empile des questions dans mon congélateur
je n’attends pas la recette – je mange la vie

Entropia (crédit photo : Félicie Milhit)

Entropia
(crédit photo : Félicie Milhit)

par Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit est né en 1954 à Saxon et vit aujourd'hui à Montorge sur Sion. Il a pratiqué treize métiers parmi lesquels chauffeur-livreur, employé de pompes funèbres, garçon de café. Il est désormais travailleur social et rédige régulièrement des chroniques pour ce blog.


Commentaires (2)

Ribaux Sébastien

Super super super! Merci pour ces beaux mots!
Une bise de toute l’équipe!

4 ans ago

Oh magnifique! J’adore ton texte! Quel beau prolongement au spectacle…
A bientôt cher confrère de la coumarité 😉

4 ans ago

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