Chronique à propos du spectacle : 01 – Entropia (saison 2016-2017).

Il doit y avoir du chaos dans nos sentiments, nos pensées et notre vie en général. Mais pas seulement ! Il doit y avoir aussi de l’ordre, une certaine organisation dont la logique interne n’est pas toujours évidente, loin s’en faut ! Tel est le thème d’Entropia où mon commentaire ne sera qu’un monologue de plus, un soliloque balbutiant mon besoin de dire que je vous aime, comme ces jeunes “étrangers” nous l’ont déclamé en se présentant lors du déchiré de rideau…

Besoin de dire que nous cherchons maladroitement à prouver ce besoin d’aimer… À qui ? d’abord à nous-mêmes pour que nous n’ayons pas à souffrir d’être mal dans nos baskets, ensuite à celles et ceux avec qui nous aimerions chanter le refrain du bonheur, celui qui se construit aussi facilement qu’il se défait…

J’ai aimé cette pièce qui pose la vraie question du sens, de ce qui mène vers quelque part ou au contraire vers une impasse, un cul-de-sac sans issue ou pire, vers un chaos total, une décharge d’ordures, en un mot, le bordel !

On peut tout croire, adhérer ou non à tout système de pensée. C’est là notre liberté fondamentale, paraît-il.

Si vous êtes un être qui aimez la femme de toute couleur, sans préjugé de taille, d’âge ou de mensurations particulières, allez voir l’autre monde, celui d’une représentation au pays de Mali, cet étrange lieu que celui de ses hanches, avec l’odeur envoûtante qui est celle de ses aisselles dont les humeurs humées se mêlent à ma sueur…

Il y a une puissance érotique du langage où les mots dialoguent, passant du « je » au « tu », dans un entrelacs de métaphores suggestives où l’essentielle poésie revient enfin nous dire ce que les mots gelés enferment d’habitude dans leur froide définition.

Pendant que le grand gueulard, avec sa guitare, revendique son besoin de transcender le transgenre en son mal-être, la vie palpite comme un ovule réceptif devant l’agitation d’un spermatozoïde fou… C’est le chaos dans lequel un cri ou un orgasme s’impose comme l’injonction d’une remise à l’ordre, comme la résolution harmonieuse d’une dissonance insoutenable.

Quand de jolis mots se tissent les uns avec les autres, les uns dans les autres, sens dessus dessous, ils finissent par former un tissu léger comme un voile qu’une main voudrait soulever, qu’un doigt pourrait dévoiler. À côté de cela, la vulgarité des mots crus éructés par qui ne trouve pas moyen de nommer ses pulsions, de choisir ses désirs et de comprendre ses besoins, se transforme en onomatopées animales qui se traduisent par une fornication sans issue, dans tous les trous, ventilée par toutes sortes d’odeurs plus ou moins nauséabondes… Mais ne faut-il pas la souillure du sale pour savourer la beauté du propre ?

J’aime me frotter aux gens, aux jambes, enjamber tes hanches si gentilles… Dehors, la mort !

On peut tout croire, adhérer ou non à tout système de pensée. C’est là notre liberté fondamentale, paraît-il. Le gourou en chaise roulante nous démontre posément que tout est pensable ou imaginable, pourvu que l’amour et le bonheur triomphe du mal en ce bas monde ! Après tout, il n’a peut-être pas tort : qui contredirait l’adage qui affirme qu’il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade ? Si l’entropie nous pousse à mourir ruiné et déglingué dans sa santé, quelle loi contraire nous pousse à lutter contre cette “fatale” déchéance, à vivre jusqu’au bout de notre état conscient riche et en santé ?

Si vous n’avez pas bien saisi ce que signifie le terme “entropie”, je vous invite à suivre attentivement l’excellente démonstration qui en est faite avec la recette de pommes de terre rôties à la fin du spectacle ! Mais de grâce, si tant est que vous vouliez reproduire l’expérience chez vous, ne commettez pas l’erreur de notre acteur étourdi qui a oublié la spatule pour les retourner ! L’entropie a besoin d’un outil : celui d’une intelligence qui la gouverne ! Qui a dit que le diable se cache dans les détails ?

Entropia (crédit photo : Félicie Milhit)

crédit photo : Félicie Milhit

par Marc Robert

Marc est un coumâra du Petithéâtre. Il est infirmier clinicien, de nationalité suisse et canadienne, études en anthropologie. Intérêt marqué pour la littérature et le théâtre.


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