Chronique à propos du spectacle Journal (1).

peut-être me suis-je assis sur ce banc
pour lire un poème de Cocteau
chantonner une rengaine de Trenet
sans savoir

peut-être l’ai-je croisé
dans le rayon boucherie d’un supermarché
sur une échelle de peintre
sans savoir

peut-être l’ai-je côtoyé
dans le bus qui mène à l’hôpital
au bar du petit bistrot matinal
sans savoir

sans savoir
ou sans vouloir le savoir

ce banc est un lieu de rencontres à la sauvage
ce banc est un lieu de drague à la va-vite
ce banc est un aller-retour avec parfois seulement l’aller ou seulement le retour

ô ces amours fortuites sans lendemain possible
ô ces cruautés empalées
ô ces ruptures avant l’attachement

sûrement la bande-dessinée n’est plus sous le manteau
(le dessin bande ou fait bander ?)
sûrement les images sordides et glauques ont quitté les écrans
sûrement le journal intime s’est imposé au théâtre
sûrement l’humain s’est affranchi de l’homme
sûrement le comédien fait vibrer d’étranges émotions

nul doute je suis éberlué disloqué
nul doute je suis touché stupéfait
nul doute j’ai rencontré la vie le partage
nul doute je suis dans le remerciement la grâce

écrit au petit matin après la représentation du 25 septembre 2015
de Journal joué par Jean-François Michelet

par Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit est né en 1954 à Saxon et vit aujourd'hui à Montorge sur Sion. Il a pratiqué treize métiers parmi lesquels chauffeur-livreur, employé de pompes funèbres, garçon de café. Il est désormais travailleur social et rédige régulièrement des chroniques pour ce blog.


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